«

»

De la hiérachie des genres au XXIème siècle

Je ne suis pas contente. Mais pas du tout.

Ces temps ci, les attaques contre les cultures de l’imaginaire redoublent. Que ce soit un de mes contacts FB qui m’expliquait que son médecin s’était permis de lui dire que son activité d’auteur de SF était « un gaspillage grotesque », l’avis orienté d’un « expert mormon » sur la littérature jeunesse  (oui ça existe) ou, dernier motif de « GRRR » en date, un post de Natacha Polony sur le blog du Figaro. Un vieux, daté de 2010. Mais je le découvre et, dans le contexte actuel, il se rajoute et il énerve.

Car le souci est que ce qui est écrit là, c’est exactement ce que pense une partie de l’élite française. Et  pas qu’à droite. Sur ce plan, la gauche est pareille et je crains que sa victoire aux élections ne change rien à leurs petites certitudes sur ce qui est de l’AAAAArt et de ce qui n’en est pas.

Il suffit que je me souvienne du peu d’implication de la mairie de là ou j’habite, pourtant située à gauche, pour faire la promo des défuntes Uchroniales. Un festival dédiée à la SFF, c’aurait du pourtant enthousiasmer, vu que c’est porteur de riches potentialités. Mais non, c’est à peine si les Cergyssois ont eu connaissance de son existence. Alors qu’une jeune artiste sortie de l’Ecole, estampillée art contemporain a eu droit, elle, à une flopée de panneaux d’affichage inratables. Tant mieux pour elle, mais j’aurais bien aimé que le festival bénéficie d’une telle com’, il aurait peut être perduré…

Mais revenons à madame Polony et à son torchon  son article.

Je ne connais presque rien d’elle. Je regarde peu la télé, je découvre qu’elle y anime une chronique chez Ruquier. Ce que je sais d’elle de sûr se résume à ceci : elle ne connait rien ni à la Bd, ni à la fantasy.  Elle se permet cependant de mettre les deux dans le même panier. Même les BD à laquelle elle concède un intérêt (qu’elle limite cependant) ont droit à leur torpillage en règle. La partition des textes au sein de diverses bulles et leur interdépendance avec les images en font, selon elle, autre chose que des livres. Peut être faudrait il prévenir l’AGESSA de ce que la BD n’est pas de son ressort…

Oui vous lisez bien. Pour cette dame, une BD n’est pas un livre. Mais attention hein ! Elle aime bien quand même…

Tant de condescendance me consterne.

A la fantasy, elle n’en accorde aucun : ces livres, selon elle, ne  permette pas aux jeunes de développer des qualités d’abstraction car ils ne font pas référence au réel.  Ce n’est pas de la littérature.  Bien entendu elle n’envisage même pas qu’on puisse lire de la fantasy et être adulte. C’est pourtant le cas de la majeure partie des amateurs.

On peut même l’aimer ET lire des classiques. C’est mon cas. Et il n’est pas isolé.

 Je n’ai en effet lu de la fantasy que tardivement, passé vingt ans, alors qu’avant cela, je ne dévorais que les classiques. C’est donc mûe par une certaine exigence en matière littéraire, exigence qu’on me reproche d’ailleurs assez souvent, que j’ai abordé le genre, découvrant des merdes oubliables… et de grandes plumes, Tolkien en tête. Car si le verbe de Hugo me fera toujours un effet particulier, le talent de conteur de l’auteur du Seigneur des anneaux  n’a rien à lui envier.  De même, dans ma bibliothèques se côtoient joyeusement Conan Doyle , Martin, La Fontaine, Sade, Lovecrafft,  Hobb et Jules Verne. A l’entendre ergoter sur le rapport au réel de nos têtes blondes, que penserait un James Barrie ou un Lewis Caroll de cette madame Polony ?

Il faut avoir une curieuse conformation d’esprit pour penser que la fantasy , la science fiction, le fantastique, l’horreur ou le polar sont des genres qui ne  peuvent donner à penser sur l’humain. Il faut ne pas en avoir lu. Ou alors les avoirs lus en diagonales, comme je lis personnellement les prospectus publicitaires.

Oui il faut peut être manquer justement de capacité d’abstraction… :P

Ce peu de reconnaissance est spécifiquement française. Nous avons une intelligentsia terriblement élitiste et pour qui tout ce qui est « populaire » est à classer dans la catégorie du loisir, même si elle s’en défend, ne voulant pas paraitre « sectaire ».  Elle l’est pourtant. Car ce qu’elle réinvente, celà s’appelle la hiérachie des genres et c’est censé être obsolète depuis un bon siècle et demi.

Bon, par ailleurs, j’ai aussi fait ça :

Leslie Boulay all rights reserved

Ca devrait plaire à Madame Polony : ce n’est pas de la « fantasy » comme elle se l’imagine (vu que la connaissance qu’elle en a est pour le moins succinte), mais une représentation de Flore, la nymphe romaine. On ne fait pas plus classique, comme sujet.

Fan de mythologie, j’y reviens un peu de temps en temps ^^. Ca n’était que moyennement prévu, mais ça fait du bien de disgresser un peu. N’hésitez pas à cliquer dessus pour la voir en plus grand.

Bizatouss !

7 commentaires

  1. Dessagnes Magali a dit :

    Bonjour,

    Il y a quelques temps déjà que j’ai découvert votre blog, mais jusqu’à présent je n’avais jamais vraiment osé me permettre un commentaire.
    Votre article ici me pousse à réagir pour (même si ça ne change rien à la situation) approuver grandement ce que vous dites. Je suis étudiante en histoire, aussi nous parlons rarement de littérature avec nos enseignants, mais quand ça arrive ils sont toujours surpris que des gens « de notre niveau » lisent de la SF, de la fantasy et même du fantastique. On dirait qu’ils ont oublié toute l’histoire de cette littérature particulière, après tout, même les grands auteurs ont écrit des récits semblables à de la SF…
    Pour repartir sur une note plus joyeuse, je profite de ce commentaire pour vous dire que j’aime beaucoup votre travail, j’ai parcouru un peu tout, votre version très belle de Cendrillon, la jeunesse de Galadriel que je trouve vraiment géniale (surtout en qualité de fan de Tolkien) et tout le reste, c’est vraiment très beau.
    Bonne continuation et courage, nous finirons par faire comprendre que cette branche de la culture existe en tant que telle et est aussi importante que le reste !
    amicalement !

    1. Leslie a dit :

      Bonjour,

      Hé bien, je constate que la Fac n’a pas beaucoup changé depuis que je l’écumais. C’était pareil dans la mienne. Sauf que j’étais en Arts plastiques et qu’en plus de ce que vous décrivez, il y régnait une prétention sans égale et que tout ce qui n’était pas « art contemporain » se voyait l’objet d’un mépris affiché.

      Inutile de vous dire que de petits dessins avec des elfes et des déesses mères, ça faisait sourire…

      Merci pour votre gentil com.

  2. EDAF a dit :

    J’ai lu l’article de cette madame et d’un certain côté elle n’a pas tord : les enfants d’aujourd’hui n’ont plus le goût que nous avions pour les classiques (et ça a commencé dans ma (jeune) génération qui atteint la vingtaine aujourd’hui). C’est dommage mais ça ne veut pas dire que c’est une cause perdue et c’est loin d’être une raison de dénigrer la littérature de jeunesse actuelle et la littérature de la Fantasy.
    A cette madame je dirais qu’à 8 ans j’ai lu la comtesse de Ségur et que cela m’a semblé barbant (moins intéressant que la biographie d’Henri III qui avait une si jolie couverture bleu avec des lys d’or et une tranche dorée) , c’est parce que je ne trouvais rien à me mettre sous la dent (j’appréciais les bd et Titeuf mais il me fallait lire encore et encore, or les bd c’est rapide à lire) que je me suis mise à Tolkien à 10 ans, puis à Terry Goodkind (l’Epée de Vérité) et à Harry Potter. Et aussi à Juliette Benzoni qui, sous ses romances, n’a pas manqué de me donner une culture historique largement supérieurs à celle des enfants de mon niveau (et même à un de mes profs d’Histoire sur certains sujets, mais passons -_- ») qui n’avait rien fait pour l’acquérir.
    Il ne faut pas remettre en cause la littérature de jeunesse mais plutôt la communication : il faut donner le goût des belles lettres (françaises, russes, américaines, anglaises, italiennes, latines, latines-américaines etc) aux enfants. Devoir de parents, de professeurs, de proviseurs, de directeur des écoles, d’intervenants dans les écoles et les collèges, publicités, conventions… je ne sais pas quel moyen mais il faut que la transmission se fasse, c’est ce qu’on appelle l’héritage, le patrimoine.
    Cependant, là ou cette madame Polony me fait rire jaune c’est quand elle parle « d’abstraction », « de réalité »… Le roman en général qu’est ce que c’est ? Que ce soit chez Hugo, Flaubert, Balzac, Rabelais ou bien Dostoïevski, le roman est un autre monde en quelque sorte. Il est une métaphore de notre monde, de notre réalité, de nos concepts. Chaque lecteur réagit différemment à un roman, au mieux il s’assimile aux personnages du roman (et c’est là le but recherché des auteurs puisqu’il faut que la métaphore imprègne le lecteur), c’est par le roman que le lecteur découvre autre chose, une nouvelle vision du monde, de la réalité, de thèmes qui lui sont propres. Chaque roman digne de ce nom est porteur d’hypothèses substantielles et le lecteur lambda les effleurent par le roman, il entrevoit l’essence du monde, magistralement placée par l’auteur. Le lecteur attentif, l’herméneute, la comprend, mais ça, c’est une question d’apprentissage.
    J’arrive à mon point principal : l’homme ne crée pas ex nihilo. Un ouvrage de fantasy ne saurait être détaché de notre monde à nous, de notre réalité. Dans les romans de fantasy on retrouve des multitudes de thèmes et de visions de notre monde à nous. L’écrivain de fantasy crée un monde mimesis de sa propre compréhension du monde : c’est pourquoi il décide ou non de changer beaucoup de choses à son monde en le créant. Mais ce monde inventé est fait à partir du notre. Quoi de plus normal, alors, d’y retrouver toutes les clefs de la fiction, toute l’utilité de la fiction ?
    Ensuite, comme dans la fiction plus classique il y a des ratés, des faux génies, des écrivains dénués de style (et c’est alors impossible pour eux de glisser leur essence dans leur ouvrage), des gens dont la vision du monde nous paraît moins intéressante (alors qu’elle paraîtra signifiante à d’autres).
    Je conclurais en disant « Madame Polony, il y a l’élite flatulente et il y a les gens qui pensent, simplement. »

    PS : « Le 1er juin 1885, plus d’un million de personnes accompagnaient la dépouille de Victor Hugo vers le tombeau des grands hommes. Le peuple de France était là, car le peuple l’avait lu. » Quelle merveilleuse non-connaissance du XIXème siècle, ou alors quelle généralisation simpliste ! Le million de personnes qui accompagnait Hugo au Panthéon (chiffre sans doute grossi par les journalistes de l’époque) étaient des intellectuels, des bourgeois de la haute, de la moyenne et peut-être de la basse, mais le peuple… ce cher peuple de barricades et d’ouvriers, peut-être était-il présent dans la procession romantique du Pape des lettres françaises, mais cela m’étonnerait qu’il ait lu Hugo, ce cher peuple, il savait sans doute qui il était, ses combats, ses pensées humanistes, mais de là à réciter de ses poèmes ou citer Le Bossu de Notre Dame… Il y a de la marge !

    Allez là je conclue vraiment : je tiens à dire que je partage l’avis de Dessagne : émerveillement de la jeunesse de Galadriel (un des personnages qui m’a le plus fasciné depuis 10 ans), de votre coup de crayon, de votre persévérance… et je suis fan de ce début de bd (qui évoque les anciens mythes et la transition de la présence à l’absence de ces mythes) que vous aviez posté il y a un moment !
    Bonne continuation !

    1. Leslie a dit :

      Wow !

      Ca c’est de la réponse et..heu..merci.

      Les compliments me font toujours un drôle d’effet…surtout quand ils sont si joliment amenés…

      1. EDAF a dit :

        Madame Polony n’est pas la seule a avoir fait des études supérieures (bien que je ne les commencent à peine), et il y a quelque chose qu’on appelle le bon sens !

        Les compliments sont surtout mérités ! N’avez vous jamais songé à publier La jeunesse de Galadriel (pitié ne me dites pas que vous ne le reprendrez plus !) ? c’est tout à fait le genre d’ouvrage que j’achèterais immédiatement dans une librairie (dans les dents Polony !).

    2. Leslie a dit :

      Et bien, je n’ai jamais conçu LFJG dans l’optique d’une publication (j’aurais plus chiadé le dessin ^^)

      J’espère la reprendre un jour, mais pour dire la vérité, mon souci, c’est le temps.

      1. EDAF a dit :

        C’est dommage…

        Ah le temps ! Si on pouvait l’arrêter… j’attends avec impatience qu’il vous soit plus favorable.

Laisser un commentaire

Votre adresse ne sera pas publiée.