Féminisme pas mort.

Leslie Boulay all rights reserved

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J’avais pourtant dit que je ne ferai rien pour la journée Internationale des droits des femmes*. Vu que j’ai cette journée globalement en horreur. Elle sert souvent de bonne conscience aux médias et aux politiques alors qu’elle devait au départ être un jalon servant à mesurer les progrès accomplis. En l’état,  elle est parfaitement inutile. Seulement voilà, les réseaux sociaux bruissent de débats. Impossibles de les ignorer .

Et parfois, une bonne  question est posée. Comme celle-ci  : Pourquoi employer le terme de « féministe ». Pourquoi ne pas se déclarer plutôt « égalitaire » ? N’y a-t-il pas un effet pervers, une tendance  du féminisme à lorgner vers une forme d’extrémisme ? Un certain nombre de gens rejettent par conséquent ce terme, trop « excluant » à leurs yeux.

La tentation de le croire est encore amplifiée par le militantisme testosteroné des masculinistes qui n’hésitent pas à ressortir les vieux clichés de la Féministe aigrie, forcément un peu lesbienne, forcément dans la haine de l’homme et qui cherche à mettre en place une société gynocratique totalitaire.

Que ces messieurs se rassurent : on en est encore loin. On a déjà du mal à leur faire passer l’aspirateur. Et, pour peu qu’on soit un peu intelligent (e), on ne désire nullement remplacer la vieille domination masculine par une autre, aussi puante, mais féminine.

Cela dit, la question reste posée : Pourquoi le terme « féministe » ? Et bien pour la même raison que la plupart des autres termes : l’Histoire.

On oublie un peu le contexte  qui a vu apparaitre le féminisme. Je veux dire dans sa forme militante, car il ya toujours eu des penseurs pour défendre l’ égale dignité des deux sexes. Les racines, en Europe, c’est le dix neuvième siècle : à savoir celles qui allaient devenir les « suffragettes », et se battaient contre une des sociétés les plus sexistes qui aient existé. Le fait que la reine Victoria soit elle-même une femme n’a en rien fait progresser le statut de toutes les autres. La solidarité féminine ne va pas jusqu’au désir de renverser un système qui vous favorise, fut il injuste envers votre sexe. Il ya trop à perdre. Et puis la monarchie, c’est quand même un peu basé sur le principe de domination…

George Sand par Félix Nadar

En France, ce n’est pas mieux. A l’époque, on juge mes semblables ineptes à toute entreprise un tant soit peu élevée. Ce n’est pas pour rien qu’une certaine Aurore Lucile Dupin, éprise de littérature, prend le pseudonyme de George Sand. Gustave Moreau ( dont j’admire pourtant l’œuvre) assure que ces dames ne sauraient faire de vrais peintres (ce qui ne l’empêche pas d’apprendre la peinture à sa maitresse ;P). Le simple fait d’envisager qu’une femme puisse être autre chose que soumise à son époux est subversif. Les attaques envers les jeunes filles qui désirent faire des études universitaires ou s’émanciper, même fort peu, sont d’une violence inimaginable. D’ailleurs, jusque tard dans le siècle, les universités n’admettent aucune étudiante. Et la violence elle-même est tolérée à l’égard du sexe dit « faible ».

Il faut imaginer : Elles n’avaient ni le droit de vote, ni le droit de travailler sans l’autorisation de leur mari, ni un compte en banque propre. Elles n’avaient pas non plus le choix de leur fécondité, ne choisissaient même pas, la plupart du temps, le père de leurs enfants.

Elles n’avaient d’ailleurs même pas le droit d’avoir un sexe : la frustration sexuelle, chez les femmes, c’était une pathologie, (l’Hystérie. Notez qu’aujourd’hui on continue de traiter d’ »hystérique » une femme qui l’ouvre autant qu’un homme de caractère). Et sur les peintures et les sculptures, le sexe féminin n’existe pas. Ya rien, c’est lisse.

Pas de poil

La naissance de Vénus  Alexandre Cabanel

Pas l’ombre d’un poil ou d’une fente. Pourtant, dans les études d’après nature, qui ne sont jamais exposées, ils y sont. Mais jamais pour une œuvre finie. C’est donc bien par une volonté délibérée, et non par ignorance, que les peintres ne montrait, en lieu et place du sexe féminin, qu’une plage de couleur chair vaguement bombée et imberbe. On  mesure alors en quoi l’œuvre de Courbet était provocatrice. Son renom est en effet récent car avant les années quatre vingt, elle ne fut pas exposée au public. Le musée d’Orsay lui même ne l’exposât qu’en 1995. Et les temps n’ont pas tant changé que cela : Facebook l’a récemment censurée.

Les premières féministes ont donc œuvré pour faire entrer les femmes dans le genre humain, rien de moins. Effectivement, elles se sont peu préoccupées des hommes. Non pas qu’elles aient ignoré les tristes réalités sociales de leur époque, mais elles ferraillaient déjà pour la maitrise de leur propre destin. Elles étaient donc « féministes », opposées à un système de domination patriarcale sur les femmes. ( A noter que ce sont deux hommes à qui on a attribué, successivement, la paternité du terme : Charles Fourier  et Alexandre Dumas fils. Tous deux farouches partisans de droits égaux pour les hommes et les femmes. )

De nos jours, nous sommes bien moins à plaindre que nos grands-mères. C’est un fait établi.

Mais sommes-nous réellement les égales en droits des citoyens pourvus de gonades masculines ? Sur le papier oui. Dans les faits, non. Les femmes ont toujours du mal à faire carrière, beaucoup sont obligées de rester au foyer parce qu’elles n’ont pas de mode de garde. D’un autre coté, on culpabilise celles qui ne veulent pas d’enfants.  Elles sont toujours les premières victimes de violences et insuffisamment représentées aux postes à responsabilités. Sans parler de toutes les injonctions quand à leur « valeur esthétique », intenables, mais qui les occupent bien trop. Quand on passe son temps à complexer à cause des couvertures de magazine depuis son adolescence, on est moins sûre de soi. Et quand on est moins sûre de soi, on se met moins en avant, on s’impose moins, on se défend moins.  Et donc on reste, quoiqu’on dise, une citoyenne de seconde catégorie. Une qui, si elle sort seule la nuit, aura bien cherché l’agression alors que les hommes peuvent sortir quand ils veulent. Nul ne va leur reprocher une mésaventure.

Donc, je suis féministe, parce que la société du pays dans lequel je vis tend encore à privilégier les garçons.  Je considère même que des avancées sommes toutes assez récentes au regard de l’Histoire sont encore en danger (Comme l’avortement qui fait l’objet de plus en plus d’attaque et qui devient de plus en plus difficile par manque de budget et de volonté politique). Ca me parait avoir encore du sens.

 Ca ne veut pas dire que je n’ai pas conscience que les hommes aussi peuvent être discriminés.  Ni qu’ils ne sont pas eux aussi soumis à des pressions pour être « des mâaaaales », ni qu’il n y’a pas d’autres causes à défendre. Etre humaniste ne veut pas dire qu’on ignore le respect du à la Nature, défendre la cause des enfants ne vous rend pas sourd à celle des femmes et être écolo ne va pas pour autant faire de vous un misanthrope. Seulement voilà, entre les milliers de causes justes que compte ce monde, il faut bien en choisir qui vont nous parler tout particulièrement, en général pour des raisons personnelles. Les gens qui suivent ce blog auront sans doute une petite idée des miennes. Cela dit je m’interroge depuis toujours quand à la pertinence de « classer » dls différentes formes de discriminations. Racisme, sexisme, antisémitisme, homophobie (j’en oublie probablement…)… Toutes sont condamnables et toutes, si leurs effets diffèrent, sont portées par des argumentaires terriblement semblables. En un sens, céder à l’une, c’est justifier l’existence de toutes les autres.  Oui on peut se poser la question d’une union de toutes ces causes sous la même bannière, celle de la défense de l’être humain dans sa dignité et sa liberté de choix, quelque soit son sexe, son orientation sexuelle, sa religion ou la couleur de sa peau.

Pour finir je voudrais faire remarquer que, s’il est effectivement possible d’être féministe ET sexiste envers les hommes, c’est parce qu’il est surtout possible d’être parfaitement idiot(e).

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*Et non pas la journée de LA femme qui est une formulation parfaitement inepte. Résultat on voit l’habitude s’ancrer d’offrir des fleurs à sa femme ce jour là… Non mais c’est quoi ? « La fête des mères bis » ?

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