Il va falloir maintenant se demander, chacun, ce que nous pouvons faire…

libertyEt le faire.

Il n’est pas fréquent que je commente dans ces pages une affaire de politique. Je préfère éviter, d’ordinaire, pour des raisons que j’ai déjà évoquées.

Mais l’élection de Donald Trump est une catastrophe en ce qu’elle place à la tête d’un des pays les plus puissants du monde un type dont le programme consiste à remettre en cause toutes les avancées de ces cinquante dernières années en matière de droits humains et de science. Il semble que, pour lui, la méthode la plus facile afin que l’Amérique soit «great again »  est de rabaisser tout ce qu’il ne considère pas américain.

Que dire ?

Franchement, rien ne ressemble plus à une apocalypse de zombies que ce que nous vivons en ce moment. A savoir l’irruption au premier plan d’un passé que beaucoup croyaient enterré et qui menace de massacrer toute trace d’intelligence ( Braaain ! Braaaain !)

Plus sérieusement, c’est une épouvantable honte pour la nation américaine. On pourrait céder à la tentation de l’anti américanisme primaire. Mais le souci, c’est que le paysage politique actuel en France n’est pas plus réjouissant. On peut avoir de vraies craintes pour 2017.

Je ne suis ni sociologue, ni historienne. Alors je vais éviter de me lancer sur des terrains que je maitrise mal et je vais parler de ce que je connais. L’art, l’image, et leur rôle dans ce que nous vivons.

Oui, il y a, dans notre façon de représenter l’autre, la rémanence d’un imaginaire raciste, sexiste et homophobe. Pour en faire la démonstration, je pourrais vous sortir toute l’Histoire de l’art, du cinéma, de la littérature, mais aussi du jeu vidéo et de la BD. Seulement je crois sincèrement que vous prendriez vos jambes à votre cou bien avant que j’en ai fini l’introduction. Je vous conseille donc plutôt de vérifier à l’aide du test de Bechdel, pour ce qui est de la représentation des femmes, ou de faire comme Dylan Marron : compter combien de répliques ont les personnages non blancs dans les films… Ce sera déjà très instructif.

Cet imaginaire n’a rien de « bénin ». Non seulement il limite notre créativité, ce qui est un petit peu en soi un problème quand on veut faire de l’art, mais il nourrit nos réflexes et nos préjugés. Et les Forces du mal, puisqu’il faut bien les appeler par leur petit nom, les utilisent ensuite pour nous manipuler.

Je sens que certains vont venir m’expliquer que non, eux ne se font certainement pas manipuler ainsi par les films, les affiches ou les bd. Ils sont trop intelligents et éduqués pour ça.

Grosse erreur. La plupart des personnes en position de spectateur, surtout ceux qui se croient « hermétiques », ne savent pas faire d’analyse d’image. Ils n’ont donc aucun recul dessus et y sont vulnérables. On ne les a pas formés à ça, ce n’est pas au programme, à l’école. Et c’est dommage : ça ferait de bien meilleurs citoyens.

Nourris d’histoires dont les personnages principaux sont, le plus souvent, des hommes blancs dotés de faire valoir/intérêts amoureux féminins, nous avons tendance à reproduire ce schème. Et il est plus difficile d’imaginer, dans la vraie vie, une situation de leadership porté, par exemple, par une femme noire lesbienne.

Donc, que faire ? J’ai toujours eu la conviction chevillée au corps que l’art était une chose fondamentale, productrice du fameux « lien social ». Et ça fait un moment que j’en ai conclus que, si l’objectif est une vraie diversité de profils qui se côtoient dans une société apaisée, alors, mes dessins doivent le refléter.

Ce n’est pas évident, parce que, la fameuse rémanence d’imageries vieillottes et trop souvent empoisonnées, je n’y échappe pas. Et il faut que je garde à l’esprit qui je dessine et pourquoi je le dessine. C’est parfois difficile et je commets parfois des erreurs. J’en commettrai probablement d’autres.

Mais je vais continuer, parce que c’est plus que jamais nécessaire.

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