Non, mon blog n’est pas un espace de libre expression !

TROLL
Troll. Un tout petit dessin d’après le SDA.

Du moins, pas comme l’entendent certains.

Récemment, une de mes consœurs a été victime d’une « shitstorm ». C’est-à-dire qu’un de ses articles l’a rendue haïssable aux yeux d’un petit nombre de nuisibles décidés à la pourrir. Ils ont donc envahis ses commentaires.

Ce n’était même pas un article polémique, hein. Rien qui approche les articles sur l’Islamophobie, le féminisme ou telle ou telle autre importante question de société, non. C’était juste un texte ou elle parlait de ce métier qui est aussi le mien et de la façon dont on vit le jugement sur notre travail, nos progrès, nos difficultés à faire comprendre au monde qu’il ne s’agit pas de génie inné.

Vraiment un truc ou rien d’offensant n’affleurait. Mais comme disait un sage commentant l’affaire « Ce sont des trolls. Y a rien à comprendre. »

Que faire face à un déchainement de haine imbécile ? Peu de choses. La seule solution est de ne pas répondre et de fermer les commentaires. Au besoin de s’éloigner du web le temps que ça passe.

Si on en croit les hyènes, les auteurs qui agissent ainsi seraient hostiles à la liberté d’expression.

Alors je vais mettre les choses au point direct, mes minots. La liberté d’expression, ce n’est pas accabler quelqu’un d’insultes jusqu’à ce qu’il se sente une grosse merde, comme c’est le but avoué de ces harcèlements webesques. La liberté d’expression, ce n’est pas le droit d’attaquer en meutes pour faire taire un discours qui vous déplait, à n’importe quel prix. Elle s’arrête, comme toute liberté, où commence celle d’autrui, et notamment son droit de se sentir en sécurité chez lui. Ça, c’est la liberté de tyranniser, son exact contraire.

Car mon blog, ma page Facebook, mes pages pro, ben c’est chez moi. Pareil pour ma consœur.

Vous allez me dire, j’en suis sûre, qu’un blog est un espace public. Une boulangerie aussi. N’empêche que si vous allez insulter l’artisan, il va probablement, au bout d’un moment, vous mettre dehors, manu militari au besoin. Et il aura raison. Parce qu’autant vous avez le droit de vous exprimer en proclamant que son pain est plus de l’ordre de la maçonnerie que de la boulange, (et il aura le droit d’intenter une action en justice si c’est faux ^^), autant dans sa boutique, il est CHEZ LUI. Et il a le droit d’y être peinard. Les réclamations qu’on y adressent se doivent de ne pas outrepasser certaines limites, même si elles sont rudes.

Ici, je suis chez moi. La liberté d’expression y est donc directement fonction de la politesse de mes visiteurs. C’est très possible d’y être en désaccord si on reste respectueux. Allez un peu mater les commentaire chez Eolas. Vous remarquerez que l’on y discute parfois très vivement, en toute liberté et que la pluralité des opinions est parfaitement respectée. Mais les règles de la courtoisie aussi. Je dirais même que la qualité des commentaires n’en est que plus appréciable.

Si je dois fermer les commentaires pour avoir la paix, et effacer toutes les sottises qui y seront dites, je le ferai. J’ai déjà viré des gens pour outrecuidance et ça ne me gêne absolument pas. Vous avez TOUT LE WEB pour vomir votre détestation en vous illusionnant sur votre pseudo « liberté » d’écraser les autres, bien à l’abri derrière votre anonymat et vos pseudos. Mais ici, j’ai le droit d’avoir la paix. Et je l’aurai.

Ceci n’est ni poli, ni honnête.

Il y a quelques temps, j’ai été contactée par un studio afin de m’acheter le droit d’utiliser une de mes illustrations dans une de leurs productions. Un documentaire, en l’occurrence. L’illu ne serait pas la seule, des confrères seraient aussi mis à contribution. Il est très probable qu’on ne verra pas longtemps mon dessin à l’écran, mais ce n’est pas très grave. Et ce n’est pas de ça que je veux parler. Je n’avais même pas envie de l’annoncer ainsi, maintenant. Je jugeais ça un peu prématuré, car le docu ne sera pas visible avant un peu plus d’un mois. Mais voilà, l’actualité nécessite une mise au point.

Je veux parler du « concours » de Luc Besson, lequel veut faire concevoir des costumes pour son film contre 1000 dollars. Soit un peu moins de 1000 euros  pour minimum trois vues : face, profil et dos. Trois dessins, donc. 1000 euros. Non je ne mettrai pas de lien vers ce concours. Je ne tiens pas à contribuer au trafic vers le site qui y est dédié.

Il n’y aurait que 20 gagnants pour cette somme qui n’a vraiment rien de mirifique pour du stylisme. Pire, même les perdants, qui n’auraient droit à rien, pourraient voir  leur travail peut être utilisé. Quant aux gagnants, l’usage de leur œuvre serait « probable ». Donc pas totalement certaine. Je ne me suis pas plongée trop avant dans l’abscons règlement en anglais. Mais je sais déjà que les œuvres des participants pourront être utilisées dans le cadre de la promotion du dit concours.

On parle de visibilité, de promotion de leur travail. Comme d’habitude, on nous explique que la cela compensera l’absence de rémunération digne de ce nom. Sauf que le nerf de la guerre, dans notre métier, c’est que justement, on est payés pour être vus. On est payés parce que notre travail est utile à ceux qui l’utilisent. Parce qu’on a besoin de nous. En l’occurrence, Monsieur Besson serait bien embêté s’il devait tourner  Valérian sans costume.

J’en reviens à ce dessin unique dont j’ai cédé des droits de reproduction : J’ai conservé l’intégralité de mes droits dessus. Il n’a pas été fait exprès pour ça, car c’est un travail personnel. On m’a juste demandé l’autorisation de l’utiliser.

Et cette autorisation ne fut pas octroyée gratuitement.

Je dois même dire que c’était bien mieux payé, au regard de ce qui m’était demandé, que ce qui est proposé aux gagnants de ce concours.

L’offre qui me fut faite, c’est une offre honnête et polie, ou l’on vous traite en être humain. Un partenaire en affaire. Pas en mendiant à qui ça va faire l’aumône d’un ersatz de considération.

Ah, et en passant, vu que Monsieur Besson est apparemment persuadé de tout faire « à l’américaine »: Le studio qui m’a fait cette offre était américain. Comme quoi…

Je n’ai rien de plus à ajouter.

 

Je suis imparfaite. Je suis Charlie

Il y avait longtemps que je n’avais pas blogué.

Comme tout le monde, j’ai été soufflée par le choc de l’attentat d’hier.  Ma première pensée a été pour ma prof de danse orientale, que j’avais vue la veille, et avec laquelle j’avais discuté du nouveau roman de Houelbecq et de nos inquiétudes respectives. Je me souviens avoir pensé «  Ca va encore empirer les choses. » A ce moment-là, on ne savait pas encore si c’était vrai ou un canular. On espérait que c’en soit un. Hélas, non.

La sidération s’est distillée doucement, au fur et à mesure que les nouvelles tombaient. Jusqu’à l’annonce de la mort de Cabu.

Cabu… Cabu, Putain. Le Cabu de Récré A2 qui dessinait, pendant que Corbier chantait. C’est désagréable de voir son enfance vieillir et mourir. Je m’attendais à ce qu’il parte un jour, bien sûr, et je m’y sentais d’autant plus prête qu’il collaborait à un journal dont la ligne éditoriale me déplaisait souverainement. Je me souviens avoir vaguement eu la conviction que lui et Wolinski tournaient « vieux cons ». Mais je leur gardais la même tendresse que pour un tonton un peu beauf. Et si on peut rompre avec les idoles de jeunesse, on n’accepte jamais de les voir se faire exploser à coup de kalach.

Les réactions générales m’ont d’abord rassurée. Pas ou peu d’appels à la haine. Mais pour ma part, le malaise subsistait. Certains ont commencé à pointer le fait que les victimes  avaient été effectivement partie prenante dans des polémiques pas très malignes, qu’on oubliait un peu au profit d’une hagiographie générale. Ils n’ont pas totalement tort. C’est souvent ce qu’il se passe lors d’un décès. On choisit de ne se rappeler que le meilleur.

Mais certaines voix ont persisté et le terme de « moutons » a été sorti sans prendre de gants. Je crois que cela m’a heurtée, parce que touchait pile dans ce qui me mettait mal à l’aise. En effet, de quelque côté que je regarde, je me sentais coupable. Coupable de les avoir critiqués de leur vivant. Coupable d’être solidaire d’eux dans leur mort.

On appelle ça un conflit de loyauté. C’est très désagréable, parce qu’en gros, on vous demande de choisir un camp quand il n’est précisément pas possible de choisir un camp.

Alors j’ai beaucoup réfléchi.

Tout d’abord, un souvenir m’est revenu. Il y a quelques années, j’ai voulu exposer ce dessin, au milieu d’autres œuvres :

Leslie Boulay all rights reserved
Leslie Boulay all rights reserved

L’organisatrice était mal à l’aise, car son local était situé non loin d’une basilique. Elle craignait qu’on lui fasse des remarques, voire qu’on lui cherche des noises. Et comme je ne voulais pas qu’elle en ait, j’ai renoncé à exposer ce dessin. Avec le recul, je le regrette. Personne ne devrait hésiter à exposer son art.

Et aucun homme ne doit mourir pour ses idées. Aucun. Surtout pas en France. Si ça arrive à quelqu’un dont je désapprouve la voie, ça arrivera aussi à ceux que j’approuve. Car le fanatisme, d’où qu’il soit, ne fera pas de distinguo : son but est l’annihilation de toute opposition. Que vous ayez eu tort ou raison ne l’intéresse pas.

Le choix que j’ai fait de soutenir sans réserve Charlie Hebdo trouve ici tout son sens et n’a rien de moutonnier : si cette presse ne peut pas s’exprimer en France, alors je ne le pourrai pas non plus.

Ensuite j’ai pensé à ce qui, selon moi, empêche la lutte contre  toutes les formes d’exclusion d’être vraiment efficace : la désignation de méchants à abattre, responsables de la situation. Il y a effectivement des gens qui sont des théoriciens de la haine. Mais ils ne sont pas la masse des gens et ne sont pas le nœud du problème. Ils ne sont que la face émergée de l’Iceberg.

Le nœud du problème, c’est que le racisme, comme le machisme, comme l’homophobie est systémique. C’est-à-dire qu’il s’est insinué dans nos raisonnements, dans nos modes de pensée, dans notre culture. Que même avec la conviction que le racisme, c’est de la connerie, on peut se surprendre à avoir une pensée, un réflexe qui en ressort clairement.  Le problème est donc en chacun de nous.

Tant qu’on ne comprend pas cela, on ne peut pas s’opposer efficacement. Tant qu’on ne comprend pas que l’autre n’est pas toujours un vrai gros con, même en propageant des idées ou des conceptions qui sont indiscutablement foireuses, qu’une part du problème est située dans l’inconscient collectif, on ne peut pas se battre efficacement, parce qu’on va braquer des gens qu’on pourrait  amener sans efforts dans le bon camp, juste en leur montrant leurs erreurs, sans les culpabiliser. Le but, ce n’est pas de se draper dans sa fierté. Le but, c’est d’être efficace pour que les choses avancent.

Je pense toujours que Charlie Hebdo avait pris un tournant déplorable. Que leurs choix étaient critiquables et devaient être critiqués, que, pour reprendre les mots de l’Imam de Drancy, il fallait «  répondre au dessin par le dessin ». Mais je refuse de réduire ces gens à leurs erreurs. Ou alors je dois m’attendre à ce qu’on fasse pareil pour moi.

Je pense qu’ils étaient sincères, qu’ils ne voulaient pas de mal aux musulmans, qu’ils n’avaient pas conscience de blesser et se pensaient réellement dans leur rôle de bouffeurs de curés. Qu’ils aient pu ne pas comprendre que l’Islam en France, dans les années 2000 n’est pas tout à fait dans la même position que l’Eglise dans les années 60,  c’était certes une erreur. Et il fallait pointer cette erreur. Il faudra continuer à la pointer, (et avec autant de férocité dans la critique qu’eux. Après tout, c’est de bonne guerre). Mais il ne faut pas se tromper d’ennemi : ils ne voulaient pas le mal. Certains ont même fait du bien, à une époque.

Les mecs qui les ont butés, eux, c’étaient de vrais méchants. Et les vautours de l’extrême droite qui commencent à croasser sur les cadavres encore tièdes aussi. Avec eux, pas de discussion possible. Madame Lepen urine déjà joyeusement sur les cadavres encore tièdes en proposant un référendum à propos de la peine capitale. Un peu dur à encaisser, quand il s’agit de venger des gens qui étaient viscéralement contre.

Pour en revenir à ceux qui sont morts : C’étaient des êtres humains imparfaits. On leur a reproché cette imperfection et on en a tiré le prétexte pour les tuer. Une victime n’a pas à être exemplaire et le fait qu’elle ne le soit pas ne rend pas l’acte de son bourreau justifiable ou excusable. Ça n’abolit pas la compassion.

Je suis un être humain imparfait. Donc oui, en ce moment précis, je suis Charlie. Je n’ai plus de problème avec ça.

Leslie Boulay all rights reserved
Leslie Boulay all rights reserved

On ne juge pas un livre à sa couverture ? Ça dépend…

Mea culpa, mea maxima culpa, j’ai honteusement trainé sur Facebook. Mais c’est que le réseau de Mark Zuckerberg, pour décrié qu’il soit, offre un  accès à des discussions intéressantes. Qu’on se le dise : la culture y est très présente. Donc, y trainailler n’est pas qu’un acte de pure flemmardise, me concernant.

Et voici ce que j’y ai trouvé, un lien vers un article…hem… douloureux.

Voyons le bon coté des choses : je ne suis donc pas toute seule à le penser.  Et non seulement je suis d’accord avec la personne qui a écrit cet article, mais je suis directement concernée. En tant que lectrice, je n’irai certainement pas acheter un livre avec, disons le clairement, une couverture aussi moche. Si un auteur indépendant estime que ces horreurs sont suffisantes pour présenter son travail, je puis légitimement avoir des craintes quand à ce qu’il estime « publiable ». Mais c’est en tant qu’illustratrice que cela me navre le plus. Qu’on puisse penser remplacer un véritable illustrateur par ce genre de choses est juste désespérant.

Il est d’usage de s’entendre dire que les couvertures par un pro sont chères. Qu’un auteur indépendant n’a pas les moyens de se les offrir. Ok. Je peux entendre ça.

Sauf qu’une couverture n’est pas un caprice, un petit plaisir qu’on s’offre pour faire joli sur son tapuscrit. Une « couv »,  c’est un vrai investissement. C’est le premier contact que le lecteur va avoir avec le livre, ce qui peut lui donner envie de l’acheter. Autrement dit, c’est quelque chose d’important. Sachant cela, vouloir  qu’elle ne soit « pas chère », c’est un peu comme vouloir diner dans un restaurant étoilé en espérant payer le prix d’un Mcdo.

Surtout qu’en fait, ce n’est pas SI cher.

Une couv de livre de poche par un illustrateur pas connu mais un minimum pro, ça coute en moyenne 4oo euros. Dit comme ça, ça parait beaucoup. Mais outre qu’il y a toujours moyen de s’arranger pour payer en plusieurs fois ( entre petites structures/travailleurs indés, on peut s’entendre), c’est très loin de couvrir la quantité de travail effective, en général. Je dirais même que c’est juste histoire de ne pas bosser pour moins que le SMIC.

Et puis surtout il y a un tas de trucs que l’on rechigne moins à payer.

400 euros, c’est moins cher qu’un I-pad, par exemple. A un euro près, c’est le prix d’une Playstation 4.   Vous pouvez atteindre facilement ce montant avec 3 ou 4 fringues de chez Dezigual. Et ce ne sont que quelques exemples glanés rapidement.

Il n’y a rien de mal à mettre ses sous dans tout ça. Mais ce ne sont là que des dépenses « plaisir ». D’où vient que, pour ce qui est censé être une activité professionnelle, investir 400 euros parait soudain trop cher ? Car ne vous leurrez pas : si vous voulez vous auto éditer, vous êtes dans une démarche d’ordre professionnel.  Et de même que j’investis beaucoup de pépettes dans mon matos et mes cadres, vous serez obligé de débourser quelque chose pour espérer des résultats.

Donc voilà. Intéressez vous à d’éventuels illustrateurs pour vos ouvrages. Renseignez vous sur les prix, n’ayez pas peur.  Vous avez une chance immense, quelque part, car les auteurs qui sont en contrat avec un éditeur n’ont qu’un droit de regard limité sur les couvertures de leurs livres. Vous, vous l’avez totalement. Vous avez l’occasion de faire des choix audacieux, de privilégier des artistes originaux.  Profitez en .  Tout le monde sera gagnant

D’ailleurs à ce propos, n’hésitez pas à me proposer. Je n’ai encore mangé personne ( je préfère le chocolat à la chair humaine).
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Je participe à l’opération Fanart des cuirs de Belfeuil. Il faut dire que parmi mes rêves totalement avoués, il ya pouvoir m’offrir une de ces adorable sacoches (Un jour viendra ou ce sera à moi muhahahahaha !). Voici donc le fanart en question.

Leslie Boulay all rights reserved
Leslie Boulay all rights reserved

Le B est un peu petit, mais il est à la peinture dorée. Le tout est un mix entre acrylique, crayon de couleur et stylo à bille sur papier coloré (ah…. J’ai oublié de mentionner un peu de feutre, aussi.) Taille : 22 X32 cm.

Allez, Bizatouss !

Serrer les dents avec l’envie de mordre…

Vous êtes artiste. Vous serrez les dents.

Déjà, évidemment, sur le plan financier, ce n’est pas top.  Même connue, pas sûr que votre compte en banque casse des briques. La reconnaissance professionnelle vous est de toute façon plus précieuse,  mais il ya quand même des moments ou vous voudriez cesser de vous inquiéter pour votre avenir, ou vous voudriez ne pas être dépendante d’un conjoint (ou d’un boulot alimentaire qui bouffe votre « vrai  temps de travail »).

Parce que oui, entre deux contrats, ça bosse.

Vous allez vous former, expérimenter, lire, regarder ce que font les confrères, (quitte à en désespérer). Produire, réfléchir, remettre en question. Poster via  les réseaux sociaux ou votre site. On n’est pas tous de bons communicants et les agents d’artistes sont rares. Donc on fait sans et ça prend plus de temps. Vous vous sentez nulle. Vous vous réfugiez dans de nouveaux défis, de nouveaux projets. Vous rêvez, vous produisez encore. Vous déprimez. Surtout quand des gens que vous savez moins bons récoltent plus que vous. Mais même eux galèrent et ne méritent pas de galérer à ce point. Vous allez vous interroger sur votre façon de faire, sur votre rapport à l’argent, sur votre étique…

Tout ça, ce n’est pas payé.

Tout ce temps passé, vous travaillez gratuitement. Et la société jouit pourtant des résultats. Parce que vous croyez en une culture accessible et ouverte et parce qu’on ne se fait pas connaitre en cachant ce qu’on sait faire. Des gens profitent de votre travail et pour la plupart, je dois le dire, ils sont conscients de ce que cela requiert.

Mais pas nos  « élites ». Pas les décideurs. Pourquoi ? Parce que ce qui n’est pas marchand n’est RIEN. Ce qui n’est pas adoubé par le système n’est rien. Que vous suiviez la voie royale ou tentiez les chemins de traverses, ce qui décidera de si votre travail est bénéfique à la collectivité c’est votre chiffre d’affaire. Et encore… Si vous gagnez trop on jugera ça indécent, puisque, c’est bien connu, un artiste riche est forcément plus coupable qu’un patron riche. C’est forcément plus immérité. Le patron fait un vrai boulot, lui. Il ne s’amuse pas.

Et c’est ça qui est pire que le reste : Vous aimez votre métier ? On vous le fera payer. Parce qu’il est de notoriété publique que le plaisir dans le boulot doit être sanctionné. Il fait insulte à ceux qui détestent le leurs.  Et comment est il sanctionné ?  Par le mépris.

Vous n’êtes pas un travailleur, vous êtes un mendiant. C’est ce qu’on vous renvoie à la gueule. Quel que soit le niveau d’humiliation qu’on vous impose, ce sera encore vous faire trop d’honneur. Surtout si on se fait des sous sur votre dos. Il ne faudrait pas que vous croyez que c’est votre travail qui produit toute cette richesse. Ce serait déplacé.

Tout ça pour dire que je soutiens les intermittents du spectacle. Pleinement. Si le système a des défauts, qu’on l’améliore, mais qu’on ne parle pas de le supprimer, ni de les faire bosser gratos, genre ils ne foutent rien de leurs journées parce que C’EST DEJA CE QU’ILS FONT.