Je suis imparfaite. Je suis Charlie

Il y avait longtemps que je n’avais pas blogué.

Comme tout le monde, j’ai été soufflée par le choc de l’attentat d’hier.  Ma première pensée a été pour ma prof de danse orientale, que j’avais vue la veille, et avec laquelle j’avais discuté du nouveau roman de Houelbecq et de nos inquiétudes respectives. Je me souviens avoir pensé «  Ca va encore empirer les choses. » A ce moment-là, on ne savait pas encore si c’était vrai ou un canular. On espérait que c’en soit un. Hélas, non.

La sidération s’est distillée doucement, au fur et à mesure que les nouvelles tombaient. Jusqu’à l’annonce de la mort de Cabu.

Cabu… Cabu, Putain. Le Cabu de Récré A2 qui dessinait, pendant que Corbier chantait. C’est désagréable de voir son enfance vieillir et mourir. Je m’attendais à ce qu’il parte un jour, bien sûr, et je m’y sentais d’autant plus prête qu’il collaborait à un journal dont la ligne éditoriale me déplaisait souverainement. Je me souviens avoir vaguement eu la conviction que lui et Wolinski tournaient « vieux cons ». Mais je leur gardais la même tendresse que pour un tonton un peu beauf. Et si on peut rompre avec les idoles de jeunesse, on n’accepte jamais de les voir se faire exploser à coup de kalach.

Les réactions générales m’ont d’abord rassurée. Pas ou peu d’appels à la haine. Mais pour ma part, le malaise subsistait. Certains ont commencé à pointer le fait que les victimes  avaient été effectivement partie prenante dans des polémiques pas très malignes, qu’on oubliait un peu au profit d’une hagiographie générale. Ils n’ont pas totalement tort. C’est souvent ce qu’il se passe lors d’un décès. On choisit de ne se rappeler que le meilleur.

Mais certaines voix ont persisté et le terme de « moutons » a été sorti sans prendre de gants. Je crois que cela m’a heurtée, parce que touchait pile dans ce qui me mettait mal à l’aise. En effet, de quelque côté que je regarde, je me sentais coupable. Coupable de les avoir critiqués de leur vivant. Coupable d’être solidaire d’eux dans leur mort.

On appelle ça un conflit de loyauté. C’est très désagréable, parce qu’en gros, on vous demande de choisir un camp quand il n’est précisément pas possible de choisir un camp.

Alors j’ai beaucoup réfléchi.

Tout d’abord, un souvenir m’est revenu. Il y a quelques années, j’ai voulu exposer ce dessin, au milieu d’autres œuvres :

Leslie Boulay all rights reserved
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L’organisatrice était mal à l’aise, car son local était situé non loin d’une basilique. Elle craignait qu’on lui fasse des remarques, voire qu’on lui cherche des noises. Et comme je ne voulais pas qu’elle en ait, j’ai renoncé à exposer ce dessin. Avec le recul, je le regrette. Personne ne devrait hésiter à exposer son art.

Et aucun homme ne doit mourir pour ses idées. Aucun. Surtout pas en France. Si ça arrive à quelqu’un dont je désapprouve la voie, ça arrivera aussi à ceux que j’approuve. Car le fanatisme, d’où qu’il soit, ne fera pas de distinguo : son but est l’annihilation de toute opposition. Que vous ayez eu tort ou raison ne l’intéresse pas.

Le choix que j’ai fait de soutenir sans réserve Charlie Hebdo trouve ici tout son sens et n’a rien de moutonnier : si cette presse ne peut pas s’exprimer en France, alors je ne le pourrai pas non plus.

Ensuite j’ai pensé à ce qui, selon moi, empêche la lutte contre  toutes les formes d’exclusion d’être vraiment efficace : la désignation de méchants à abattre, responsables de la situation. Il y a effectivement des gens qui sont des théoriciens de la haine. Mais ils ne sont pas la masse des gens et ne sont pas le nœud du problème. Ils ne sont que la face émergée de l’Iceberg.

Le nœud du problème, c’est que le racisme, comme le machisme, comme l’homophobie est systémique. C’est-à-dire qu’il s’est insinué dans nos raisonnements, dans nos modes de pensée, dans notre culture. Que même avec la conviction que le racisme, c’est de la connerie, on peut se surprendre à avoir une pensée, un réflexe qui en ressort clairement.  Le problème est donc en chacun de nous.

Tant qu’on ne comprend pas cela, on ne peut pas s’opposer efficacement. Tant qu’on ne comprend pas que l’autre n’est pas toujours un vrai gros con, même en propageant des idées ou des conceptions qui sont indiscutablement foireuses, qu’une part du problème est située dans l’inconscient collectif, on ne peut pas se battre efficacement, parce qu’on va braquer des gens qu’on pourrait  amener sans efforts dans le bon camp, juste en leur montrant leurs erreurs, sans les culpabiliser. Le but, ce n’est pas de se draper dans sa fierté. Le but, c’est d’être efficace pour que les choses avancent.

Je pense toujours que Charlie Hebdo avait pris un tournant déplorable. Que leurs choix étaient critiquables et devaient être critiqués, que, pour reprendre les mots de l’Imam de Drancy, il fallait «  répondre au dessin par le dessin ». Mais je refuse de réduire ces gens à leurs erreurs. Ou alors je dois m’attendre à ce qu’on fasse pareil pour moi.

Je pense qu’ils étaient sincères, qu’ils ne voulaient pas de mal aux musulmans, qu’ils n’avaient pas conscience de blesser et se pensaient réellement dans leur rôle de bouffeurs de curés. Qu’ils aient pu ne pas comprendre que l’Islam en France, dans les années 2000 n’est pas tout à fait dans la même position que l’Eglise dans les années 60,  c’était certes une erreur. Et il fallait pointer cette erreur. Il faudra continuer à la pointer, (et avec autant de férocité dans la critique qu’eux. Après tout, c’est de bonne guerre). Mais il ne faut pas se tromper d’ennemi : ils ne voulaient pas le mal. Certains ont même fait du bien, à une époque.

Les mecs qui les ont butés, eux, c’étaient de vrais méchants. Et les vautours de l’extrême droite qui commencent à croasser sur les cadavres encore tièdes aussi. Avec eux, pas de discussion possible. Madame Lepen urine déjà joyeusement sur les cadavres encore tièdes en proposant un référendum à propos de la peine capitale. Un peu dur à encaisser, quand il s’agit de venger des gens qui étaient viscéralement contre.

Pour en revenir à ceux qui sont morts : C’étaient des êtres humains imparfaits. On leur a reproché cette imperfection et on en a tiré le prétexte pour les tuer. Une victime n’a pas à être exemplaire et le fait qu’elle ne le soit pas ne rend pas l’acte de son bourreau justifiable ou excusable. Ça n’abolit pas la compassion.

Je suis un être humain imparfait. Donc oui, en ce moment précis, je suis Charlie. Je n’ai plus de problème avec ça.

Leslie Boulay all rights reserved
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On ne juge pas un livre à sa couverture ? Ça dépend…

Mea culpa, mea maxima culpa, j’ai honteusement trainé sur Facebook. Mais c’est que le réseau de Mark Zuckerberg, pour décrié qu’il soit, offre un  accès à des discussions intéressantes. Qu’on se le dise : la culture y est très présente. Donc, y trainailler n’est pas qu’un acte de pure flemmardise, me concernant.

Et voici ce que j’y ai trouvé, un lien vers un article…hem… douloureux.

Voyons le bon coté des choses : je ne suis donc pas toute seule à le penser.  Et non seulement je suis d’accord avec la personne qui a écrit cet article, mais je suis directement concernée. En tant que lectrice, je n’irai certainement pas acheter un livre avec, disons le clairement, une couverture aussi moche. Si un auteur indépendant estime que ces horreurs sont suffisantes pour présenter son travail, je puis légitimement avoir des craintes quand à ce qu’il estime « publiable ». Mais c’est en tant qu’illustratrice que cela me navre le plus. Qu’on puisse penser remplacer un véritable illustrateur par ce genre de choses est juste désespérant.

Il est d’usage de s’entendre dire que les couvertures par un pro sont chères. Qu’un auteur indépendant n’a pas les moyens de se les offrir. Ok. Je peux entendre ça.

Sauf qu’une couverture n’est pas un caprice, un petit plaisir qu’on s’offre pour faire joli sur son tapuscrit. Une « couv »,  c’est un vrai investissement. C’est le premier contact que le lecteur va avoir avec le livre, ce qui peut lui donner envie de l’acheter. Autrement dit, c’est quelque chose d’important. Sachant cela, vouloir  qu’elle ne soit « pas chère », c’est un peu comme vouloir diner dans un restaurant étoilé en espérant payer le prix d’un Mcdo.

Surtout qu’en fait, ce n’est pas SI cher.

Une couv de livre de poche par un illustrateur pas connu mais un minimum pro, ça coute en moyenne 4oo euros. Dit comme ça, ça parait beaucoup. Mais outre qu’il y a toujours moyen de s’arranger pour payer en plusieurs fois ( entre petites structures/travailleurs indés, on peut s’entendre), c’est très loin de couvrir la quantité de travail effective, en général. Je dirais même que c’est juste histoire de ne pas bosser pour moins que le SMIC.

Et puis surtout il y a un tas de trucs que l’on rechigne moins à payer.

400 euros, c’est moins cher qu’un I-pad, par exemple. A un euro près, c’est le prix d’une Playstation 4.   Vous pouvez atteindre facilement ce montant avec 3 ou 4 fringues de chez Dezigual. Et ce ne sont que quelques exemples glanés rapidement.

Il n’y a rien de mal à mettre ses sous dans tout ça. Mais ce ne sont là que des dépenses « plaisir ». D’où vient que, pour ce qui est censé être une activité professionnelle, investir 400 euros parait soudain trop cher ? Car ne vous leurrez pas : si vous voulez vous auto éditer, vous êtes dans une démarche d’ordre professionnel.  Et de même que j’investis beaucoup de pépettes dans mon matos et mes cadres, vous serez obligé de débourser quelque chose pour espérer des résultats.

Donc voilà. Intéressez vous à d’éventuels illustrateurs pour vos ouvrages. Renseignez vous sur les prix, n’ayez pas peur.  Vous avez une chance immense, quelque part, car les auteurs qui sont en contrat avec un éditeur n’ont qu’un droit de regard limité sur les couvertures de leurs livres. Vous, vous l’avez totalement. Vous avez l’occasion de faire des choix audacieux, de privilégier des artistes originaux.  Profitez en .  Tout le monde sera gagnant

D’ailleurs à ce propos, n’hésitez pas à me proposer. Je n’ai encore mangé personne ( je préfère le chocolat à la chair humaine).
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Je participe à l’opération Fanart des cuirs de Belfeuil. Il faut dire que parmi mes rêves totalement avoués, il ya pouvoir m’offrir une de ces adorable sacoches (Un jour viendra ou ce sera à moi muhahahahaha !). Voici donc le fanart en question.

Leslie Boulay all rights reserved
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Le B est un peu petit, mais il est à la peinture dorée. Le tout est un mix entre acrylique, crayon de couleur et stylo à bille sur papier coloré (ah…. J’ai oublié de mentionner un peu de feutre, aussi.) Taille : 22 X32 cm.

Allez, Bizatouss !

Les époques changent. Les pharisiens demeurent.

[notice] Parce que je suis chez moi et que j’ai mes nerfs, je fermerai les commentaires au moindre soupçon de dérive.[/notice]

A ceux qui font la chasse aux livres

J’étais encore en primaire, je crois quand on m’offrit des livrets de reproductions de Botticelli. Mes indignes géniteurs ( Papa, Maman, merci à vous !) livrèrent donc, entre autres, à mes yeux étonnés Le printemps, le Saint Sébastien ou La naissance de Vénus. Mon destin était scellé, mon regard perverti : Je venais de comprendre que le corps nu est beau. Qu’il peut éveiller en nous des émotions autres que sexuelles et élever nos esprits.

Scandaleux, n’est ce pas ?

En grandissant, cela ne s’arrangea guère. Comme beaucoup de monde, ma puberté fut traversée par des interrogations qui ne furent pas très agréables à vivre. Mais dès treize ou quatorze ans, je dévorais dans les bibliothèques les œuvres de Bourgeon et Loisel dont les nus somptueux et charnels flattaient mon sens du beau tout en me rassurant sur ce que je devenais. Je ne dis pas que ce fut facile. Je suis, comme beaucoup de femmes, très complexée par mes rondeurs. Mais j’ai été cependant privilégiée en ce que j’ai eu accès à d’autres représentations d’hommes et de femmes que celles de ce que j’appelle « les magazines à greluches ». Et si effectivement Les compagnons du Crépuscule étaient peut être un brin trop durs pour une enfant de mon âge, je dois admettre, avec le recul, que c’est moins en rapport avec la sensualité de ses héroïnes qu’avec la violence intrinsèque de son sujet. Les atrocités de la guerre au Moyen âge dérangent sans doute moins. Moi, elles me glacent toujours.

A Seize ans, ma monstruosité arriva à son comble : je tombais en arrêt devant une reproduction de L’Apparition de Gustave Moreau. C’était terminé : je serais artiste.

Je n’ai jamais cessé de regarder des Nus, de les admirer, charnels ou non. Car le Nu peut être définitivement chaste. Il suffit de voir ce superbe clip d’Alanis Morissette. C’est aussi un symbole de la vérité et cela accentue notre vulnérabilité. Notre mortalité ? Ca le rend, en tout cas, bien plus subversif que des histoires de fesses. Impossible de cacher qu’on n’est pas un mannequin quand on est dévêtu. Et rien ne distingue le riche du pauvre, le PDG du balayeur de rue. Est ce cela qui gène Monsieur Copé ?  A poil un patron ? Quel scandale !

Mais bon, si risible que cela soit, quand je vois que des commandos se forment pour aller harceler les bibliothèques publiques, je ne ris plus.
Je suis en colère.

Je suis en colère parce que je suis également maman d’une petite fille adorable qui a six ans et demi. C’est une enfant vive et éveillée à qui je n’ai jamais refusé le rose pour ressembler aux copines, ni les poupées, mais qui a également des petites voitures, des légos, un jeu d’échecs, des tas de livres et des habits de couleurs et coupes diverses. Elle fera ce qu’elle voudra, plus tard. Ce que je veux pour elle, c’est qu’elle soit en mesure de libérer tout son potentiel sans qu’elle ressente sa féminité comme un obstacle. Un être épanoui, à l’aise avec elle-même.

C’est une enfant que je projette d’emmener au Louvres, afin de lui montrer des choses qui, lorsque j’étais à peine plus âgée, commençaient à titiller mes neurones. Elle connait mon travail et a déjà vu sans que ça lui pose le moindre souci la plupart de mes petites fées. Lesquelles sont on ne peut plus NUES. Elle n’y voit aucune malice. Ce sont les adultes, qui y voient parfois le mal. Preuve d’à quel point nous sommes des êtres dépravés, souillés par des siècles de diabolisation de notre propre chair.

Aujourd’hui on s’attaque à tout ce qui est le centre de ma vie. On s’attaque aux deux pôles de mon existence : ma famille et l’Art. On veut étouffer le second en prétendant protéger le premier. Une protection qui ressemble fort à une moule de peurs, d’interdits et de honte de son corps. Des gens qui ne connaissent pas mon enfant prétendent dicter ce qu’elle doit penser, lire, ce qu’elle a le droit d’espérer d’une vie professionnelle, et même ce que doit être sa future vie sexuelle pour avoir le droit au respect. Des gens qui , manifestement, n’ont rien compris à l’art jettent l’anathème sur le boulot de confrères.

Si je ne dis rien j’accepte. Si j’accepte, ce sera mon tour un jour. Et ma fille en pâtira.

Je montre les dents !

Vous qui voulez souiller le bel art du Nu : Vous n’avez rien dit pour l’industrie pornographique, au combien plus discutable. Mais là vous êtes consommateurs. Vous n’avez rien dit pour la Télé-réalité. Mais elle abêtit le peuple et est donc votre alliée. Vous avez présenté les hommes qui ont recours à des prostituées comme des victimes d’une morale outrancière. Mais certains d’entre vous en font probablement partie.  Vous avez attisés les haines entre français en pointant leurs différences comme autant de péchés mortels. Vous avez méprisé et harcelé l’étranger dans le besoin, marché sur les droits inaliénables de l’humain.

Vous êtes de ceux qui censurent Courbet et son Origine du monde. Vous auriez tenu le pinceau du Braghettone pour rhabiller les fresques de Michel Ange. Vous êtes, messieurs dames, des pharisiens, que le Christ, dont certains d’entre vous se réclament pourtant, aurait dénoncés. Des poux de l’intellect qui se nourrissent des miasmes de nos désespoirs et de nos peurs. Aucun de vous ne restera dans l’Histoire.

Par contre nous voulons de l’art encore, pour nous et nos enfants. Et sans votre permission ! Parce que c’est beau. Parce que ça nous console des crasses que vous nous faites et de la médiocrité que vous nous imposez.

Vous, vous êtes laids. Et vous êtes mes ennemis.

Et je me battrai contre vous s’il le faut.

Leslie Boulay all rights reserved
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Déclaration d’incompétence…

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J’ai eu du mal à revenir à mon quotidien. Passer de la rude beauté des paysages écossais à mon train-train ponctué de tristes nouvelles d’une actualité désolante a nécessité l’intégralité de mes capacités d’adaptation.

D’autant qu’on ne peut décider d’ignorer l’état du monde. Sur le web comme « dans la vraie vie », il alimente les conversations. On est obligée d’y faire face.

Pire : On est obligée d’avoir un avis.

C’est comme ça, y a pas à tortiller. Sinon, ça ne fait pas sérieux.  Notez que même si vous en avez mais que vous faites dans le « nuancé », ça ne suffit pas : il faut trancher. On préfère ce qui est carré à ce qui est subtil, ce qui est simple (simpliste ?) à ce qui est complexe. Que ce soit le conflit israélo-palestinien, les questions de société brûlantes ou le dernier titre d’une pop star sur le retour, vous DEVEZ avoir un avis.

C’est un effet pervers de la liberté d’expression. En tant qu’artiste, je crois profondément à la bonté de ce principe. Mais il me semble qu’il y a comme une confusion entre bénéficier d’un droit et avoir l’obligation d’en user tout le temps, fut ce à tort et à travers.

Dans les sondages les « sans opinions »  semblent toujours si minoritaires. Du coup, ils ne comptent guère. Je suis persuadée que c’est une des raisons pour lesquelles on ne donne jamais la proportion des votes blancs lors des élections : pour ne pas bousculer cette idée fixe selon laquelle tout le monde fait et doit faire tout le temps des choix clairs. Si vous n’avez pas d’avis sur une question, vous donnez l’air de vous en moquer ou d’être un indécis chronique.

Sauf que ça n’est pas vrai.

Le changement d’animateur au grand journal, par exemple, ça, je m’en moque éperdument, ce qui ne m’empêche pas de pouvoir émettre un avis sur ce sujet totalement superficiel (avis qui du coup aura du mal à voler bien  haut mais on fait ce qu’on peut.). Par contre, je n’ai aucune idée de s’il est opportun d’intervenir en Syrie ou non. Alors que, comme beaucoup de monde, le sujet  m’intéresse et m’inquiète.

Sérieusement, je ne sais que faire face aux embrouillaminis d’infos contradictoires que sont les journaux. Le sensationnel y prime souvent sur l’analyse, quand ça ne prête pas carrément le flanc aux théories du complot. Comme je me refuse à penser avec mes tripes (le plus sûr moyen d’être manipulée), c’est un motif de gène fréquent dans mes conversations.  Car se hasarder à dire « ce n’est pas si simple, à mon avis », c’est prendre le risque que mon interlocuteur me prenne pour une adversaire. Un comble quand on n’a absolument aucun avis clair sur une question.

Donc, au risque de paraitre molle et inintéressante, je l’avoue : je suis incompétente à propos des situations géopolitiques complexes pour la bonne raison que je ne suis pas journaliste d’investigation. Ni rien d’approchant. Je ne suis même pas une amatrice éclairée.

Ca ne veut pas dire que je ne veux pas m’exprimer : au contraire.  Il y a des tas de sujets ou j’ai un avis tranché et alors, je ne me prive pas de le dire. Mais quand en mon âme et conscience je sens que le risque de dire une sottise est largement plus élevé que celui de faire avancer le débat, j’aime autant passer à autre chose,  de la même façon que  le fait de me prendre un médicament contre mes céphalées ne fait pas de moi un médecin. Je n’ ai pas l’impression de trahir mon libre arbitre en admettant que « je ne sais pas. »

Ca ne veut pas dire non plus que je fais une confiance aveugle aux technocrates (La nuance je vous dis !).  ca veut juste dire : Je suis incompétente dans des tas de domaines qui ne sont pas ma spécialité, qui ne sont pas mon métier, que je connais mal et dont je pense qu’ils méritent mieux que mon orgueil ou mon désir de briller en société.

Est-ce vraiment SI grave ?

Sinon, promis, je vous ferai des post sur des choses que je maitrise un peu plus que l’actualité. J’ai plein d’idées et pour le dessin aussi.

Bizatouss !

Non « secure ».

Leslie Boulay all rights reserved
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Sommes nous si fragiles, si  peu sûrs de nos choix qu’il nous faille sans arrêt les promouvoir comme les meilleurs possibles pour tous ?

– Est-on si peu sûr du bien fondé d’avoir eu un enfant pour condamner les gens qui n’en veulent pas ?
– Regrette t’on secrètement d’en avoir fait deux ou trois pour pointer ceux qui ont eu l ’égoïsme inconcevable de n’en faire qu’un ?
-L’épilation intégrale est elle un si lourd sacrifice pour ses adeptes qu’elle doive être étendue à toutes  ?
– Ne pas allaiter, ne pas avoir été allaité doit il nous faire considérer avec effroi celles qui ont fait ce choix. Inversement, une maman « allaitante » est elle en droit de jeter l’anathème sur les biberonneuses ?
– Ceux qui ont choisi une carrière bien payée la regrette il au point de se moquer des artistes qui galèrent ?
– Inversement, les dits artistes sont ils si jaloux de ceux qui n’ont pas suivi leur exemple pour les regarder ainsi de haut  ?

C’est comme si on avait besoin de se rassurer sur la pertinence de nos décisions en jugeant ceux qui n’ont pas pris les mêmes. C’est un non sens.

Est il si difficile d’envisager qu’un choix n’est souvent le bon choix QUE pour celui qui le fait. Que c’est justement ce qui caractérise le choix : il est là quand les règles ne parviennent plus à nous guider, que le chemin n’est plus si évident. Alors on réfléchit, on juge de ce qu’on a, des forces que nous avons en nous, des alliés qui nous épaulent, de nos aspirations. On pèse à nouveau nos priorités.

Et on fait un pas dans une direction, puis un autre. Le choix et fait, comme on pouvait, dans le respect de ce qu’on est. Si on se plante, c’est tant pis.

Mon choix ne remet pas en cause les vôtres. S’il est le bon, il le sera pour moi. Il ne le serait pas forcément pour vous. Et inversement.

C’est ça la tolérance : admettre la multiplicité des choix comme conséquence inévitable de la multiplicité des êtres.